Laureline Koenig
 

La parole vient toujours dire autre chose que ce qu'elle semble dire. Derrière les mots se dressent d'autres mots, se dressent des émotions, des mémoires, des joies et des défaites. Et pour moi le conte vient nous parler de ce monde de derrière les mots. Il est vrai que le conte endort ! Il endort notre vigilance, défait nos barrières pour mieux s’adresser à ce qu’il y a de plus sincère en nous.

Les contes m'accompagnent depuis longtemps. Les traditions orales sont pour moi la mémoire de l’humanité ; la mémoire de son histoire, en conservant les noms des hommes et des faits marquants de chaque peuple ; la mémoire de son cheminement, en conservant la trace de sa perception du monde au travers des âges ; la mémoire d’elle-même, en ramenant les hommes à l’essentiel. Les contes étaient déjà là dans mes jeux d'enfants et mes poupées n'étaient pas des poupées mais Gaïa, Héphaïstos ou Persée et pendant des heures je contemplais les ogresses des livres de Nacer Khémir.

Les contes sont aujourd'hui pour moi un point de contact privilégié entre les disciplines. La philosophie – dont j'ai suivi quelques années d'étude, l'anthropologie – ça, c'est si je n'avais pas fait philo..., la musique dont je me nourris abondamment, une recherche spirituelle aussi, les voyages, l'écriture...

A une époque où la parole est aussi aléatoire qu’un souffle de vent, où l’on communique sans se rencontrer, où chacun se ferme sur son identité, réelle ou imaginaire, j'ai le souhait de porter cette parole de lien qu'offre le conte, une parole sincère, que l’on puisse croire et sur laquelle on puisse s’appuyer.